mercredi 4 novembre 2015

Réflexion sur une alternative syndicale

Il y a de cela deux semaines, une rencontre avait lieu afin de réfléchir à ce qu’il convient de qualifier d‘alternative syndicale. Cette initiative a été initiée par les membres de la base d’un parti politique, décidéEs à s’organiser afin de lutter contre les politiques d’austérité. Intéressé et enthousiaste à l’idée d’agir à l’extérieur des structures souvent trop rigides et trop lentes des centrales syndicales, cette rencontre permettait d’entrevoir de multiples possibilités. L’un des attraits que pouvait avoir le projet était de permettre l’activisme de militantEs, non syndiquées, mais syndicalistes. De nombreuses personnes sont animées à l’idée de réfléchir aux enjeux de société et de participer à des actions d’ordre divers. Or, plusieurs n’étant membres d’aucune instance ou organisation leur permettant de canaliser leur énergie, les possibilités deviennent limitées. En ce sens, l’alternative syndicale pouvait, de par son ouverture, permettre à toutes personnes motivées de s’impliquer.

Il faut noter que cette initiative n’est pas la seule en son genre. Elle voit le jour dans une mouvance bien précise, celle d’un désir de se mobiliser en contournant les institutions syndicales. Pour n’en nommer que quelques exemples, la coalition main-rouge, les profs contre la hausse, offensive syndicale, j’aime mon école publique, sont des groupements de citoyenNEs et/ou de travailleuses et de travailleurs souhaitant œuvrer efficacement à l’extérieur de l’arène institutionnelle, mais dans l’objectif affirmer de faire pression sur le gouvernement. S’il est vrai que la participation à ces regroupements ne signifie pas pour autant que les militants aient rompu avec les organisations syndicales, elle témoigne néanmoins de la présence de lacunes et d’un désir de faire autrement. Nombreuses sont les raisons pouvant motiver cette tentative de contournement : complexité des structures, contrôle de l’élite syndicale et des conseillers syndicaux, lourdeur administrative et lenteur des décisions, frilosité politique et contrôle du discours, redondance et manque de créativité dans les plans d’action, etc.

L’une des causes pouvant certainement permettre de fournir des pistes d’explications tient au fait que les syndicats québécois, depuis près de trente ans, s’appuyant confortablement sur un nombre de membres élevé et des gains sociopolitiques notables, ont choisi de défendre ces acquis et de se cantonner dans les milieux de travail. Cet état de fait à engendré chez de nombreux travailleurs et travailleuses une perception selon laquelle « les intérêts défendus sont purement économiques (…) le système de production est accepté et le niveau de l’action syndicale se limite à l’entreprise » (Paquet et coll., 2002 : 13). Les syndiquéEs conçoivent ainsi de plus en plus les syndicats comme de lourdes corporations chargées d’offrir un panier de services le plus diversifié possible à leurs membres : « À cette fin, [le syndicalisme d’affaires], imbriqué dans une vision pluraliste, focalise son action (…) sur la défense des intérêts immédiats de ses membres et ceci à un niveau strictement économique » (Ibid., 14).

De notre point de vue, Marie-Josée Dupuis visait donc juste lorsqu’elle mentionnait qu’une piste de renouveau syndical réside « dans le développement de liens entre les syndicats, la communauté et les groupes de la société civile » (Dupuis, 2004 : 1). Aux dires de l’auteure, une proportion significative de citoyenNEs considérait que les syndicats devaient porter un « nouvel agenda social » en plus de leur « agenda social traditionnel » (ibid., 9-10). Ainsi, il serait possible de remobiliser les syndiquÉes, tout en élargissant les appuis. Dupuis mentionne d’ailleurs qu’un rassemblement populaire autour de revendications sociales est possible. En ce sens, il sera important pour les organisations syndicales de tisser des liens avec les divers regroupements, notamment avec les organisations communautaires et les groupes représentant différentes communautés. Cette dernière argue que les syndicats bénéficieront d’avantages de ces nouveaux liens « tant au niveau de l’échange de l’information que de l’éducation et de la mobilisation de la population » (ibid., 12).

En ce sens, la rencontre intersyndicale à laquelle nous avons assisté aurait, à notre avis, dû fournir des pistes de solutions et des plans d’action dans le but affirmé d’élargir la mobilisation et de créer ou renforcir les liens avec des organisations pouvant être considérées comme partenaires. Selon notre conception, cette rencontre aurait dû, dans un premier temps, réfléchir à des stratégies afin de rassembler des membres de diverses organisations –syndicats, organisations communautaires, associations étudiantes, associations de communautés culturelles- lors d’une rencontre subséquente. Dans un second temps, il aurait été pertinent de s’entendre sur quelques principes de base, partagés par l’ensemble des organisations, afin d’assurer une convergence dans l’action. Puis, il aurait fallu agir sur deux fronts. D’une part, faire pression sur le parti politique ayant amorcé le mouvement afin de l’inciter, voire le contraindre, à porter publiquement les revendications de transformations sociales portées par le mouvement. D’autre part, un plan d’action de perturbation économique et d’actions de terrain aurait pu être envisagé afin de presser, par le gouvernement en place, l’adoption d’alternatives présentées conjointement par la classe politique –ledit parti- ainsi que par la société civile.     

Bibliographie 

Dupuis, Marie-Josée. 2004. Renouveau syndical: proposition de redéfinition du projet syndical pour une plus grande légitimité des syndicats en tant que représentants de tous les travailleurs, CRIMT, Montréal. Pp. 1-26

Paquet, R. Gosselin, E. et J-F Tremblay. Mai 2002. « Une synthèse des grandes théories du syndicalisme », document de recherche 02-01, CRIMT, UQAH. Pp. 1-28






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