lundi 2 novembre 2015

Les détaillants sous pression à l'aube de Noël

La saison des fêtes est bien connue chez la plupart des marchands comme étant la période la plus lucrative de l’année. En effet, quelques détaillants font jusqu’à 40% de leur revenu annuel en ventes destinées à Noël[1]. Cependant, à l’aube des deux derniers mois de l’année, certains détaillants et compagnies de livraison connaissent des difficultés pour engager des employés à temps partiel à contrat saisonnier. Ainsi, selon le Wall Street Journal[2], cette situation pourrait profiter aux employés de ces entreprises forcées d’augmenter les salaires pour attirer des candidats potentiels. En effet, certaines entreprises comme FedEx et Target ont décidé d’augmenter leurs salaires minimum pour passer de 9 à 11$ ou bien de 11$ à 13,50$. Tout comme le WSJ, le Business Insider[3] rapporte que cette situation devrait aider les conditions salariales des employés qui profiteraient d’un « marché tendu. »  Alors, selon les calculs comptables des entreprises sur la courbe d’offre et demande, cette dernière serait trop élevée par rapport à l’offre ce qui en résulterait une hausse des salaires.

Souvent reconnus comme les pires emplois en Occident, particulièrement en saison des fêtes, il est peu surprenant de voir que les entreprises connaissent des difficultés à embaucher suffisamment d’effectif. Non seulement ces emplois offerts sont à temps partiel, mais ils sont aussi à contrats déterminés, à faibles salaires et dont les employés doivent faire face à des consommateurs stressés et frustrés quotidiennement. Les solutions proposées par les entreprises ne visent que les heures de travail et les salaires revus à la hausse, qui restent toutefois assez bas. Il est assez inquiétant de constater que seules des lois économiques d’offre et demande peut décider les salaires des employés. Cela signifie que les conditions des employés et leur précarité face au marché du travail sont totalement évacuées dans les solutions envisagées par les entreprises. Seules les conditions quantitatives (salaires et heures) sont considérées tandis que les conditions qualitatives comme les différentes protections sociales n’apparaissent même pas dans les solutions possibles. Ainsi, comme l’évoquent les intellectuels Pierre Dardot et Christian Laval : « Les droits à la protection sont de plus en plus subordonnés aux dispositifs d’incitation et de pénalisation qui obéissent à une interprétation économique du comportement des individus. »[4] À mon avis, les entreprises se posent les mauvaises questions et envisagent les mauvaises solutions. Plutôt que de penser uniquement à la rationalité économique des individus qui accepteraient n’importe quel statut d’emploi pour des meilleurs salaires, les entreprises devraient plutôt se questionner sur les conditions et le bien-être possible de ces emplois. 

Il semblerait alors que les conditions de travail soient tellement mauvaises que les entreprises ne parviennent même pas à combler leurs effectifs nécessaires. Certains détaillants sont même prêts à passer la saison des fêtes avec un nombre moindre d’employés nécessaires pour accomplir le boulot. Alors malgré les maigres hausses de salaires prévues, les tâches se répartiront sur un moins grand nombre d’employé ce qui contribue à la diminution des conditions de vie des travailleurs. La course rationnel du profit joue donc un rôle particulièrement important dans la précarisation des conditions de vie des travailleurs :  « [les actionnaires] soucieux d’obtenir une rentabilité à court terme, sont de plus en plus capables d’imposer leur volonté aux managers, de leur fixer des normes, […] en matière d’embauche d’emploi et de salaire. »[5]

En conclusion, malgré que le phénomène puisse résulter d’une part en une amélioration et d’autre part en une détérioration des conditions de travail, il ouvre la porte à la prise d’action collective. En effet, le refus de travailler pour ces entreprises force ces dernières à revoir leurs conditions d’embauche, notamment en augmentant les salaires et en proposant des postes à temps plein plutôt qu’à temps partiel. Ainsi, même si ce refus de travail relève des considérations individuelles, on peut y apercevoir un potentiel de prise d’action collective face aux géants du commerce au détail.  

Félix Lalonde




[1] http://www.forbes.com/sites/hardeepwalia/2013/11/20/how-to-profit-from-the-shortest-holiday-retail-season/
[2] http://www.wsj.com/articles/retailers-work-harder-to-lure-holiday-employees-1446424171
[3] http://www.businessinsider.com/walmart-target-and-tj-maxx-are-facing-a-worker-crisis-2015-10
[4] Dardot, Pierre et Christian Laval, 2009, La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale, La Découverte, Paris, p. 304
[5] Bourdieu, Pierre, Mars 1998 « L’essence du néolibéralisme », Le Monde diplomatique, Paris (en ligne), p.14

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