lundi 23 novembre 2015

Grève illimitée à l'Hôtel-Motel la Caravelle de Baie-Comeau



Les normes du travail : entre législation et la politique du laissez-faire

On assiste un peu partout à de nombreuses revendications en emploi et, au Québec, elles s’explosent à  la fin de l’année 2015. Qu’il s’agit du secteur public  ou privé, les employés revendiquent de meilleures conditions de travail, particulièrement, l’équité salariale. Dans les deux liens que nous avons ci-annexés, il est question d’une grève illimitée qui s’est enclenchée le 27 octobre dernier suite au conflit qui oppose les travailleurs de l’Hôtel-Motel La caravelle à Baie Comeau aux nouveaux propriétaires de l’établissement.  En effet, les employés réclament une augmentation de salaire de $1 et se plaignent que leurs employeurs recrutent des gens de l’extérieur pour des postes de cadres alors qu’eux autres qui travaillent au sein de l’établissement depuis plusieurs années n’ont aucune promotion. Ils déplorent aussi le fait que les nouveaux acquisiteurs de l’entreprise -qui sont des chinois- ne leur parlent pas dans leur langue, qui est le français, et ne tiennent pas compte des normes de travail d’ici.
Toujours selon ces travailleurs, les nouveaux propriétaires de l’hôtel leur auraient imposé des conditions de travail sous les normes minimales de travail; ce qui les aurait porté à se syndiquer pour revendiquer et défendre leurs droits. Ainsi, ils ont pu adopter un mandat de grève le 16 octobre dernier. Mais les employeurs n’entendent pas négocier avec les employés et ont recourt à diverses stratégies pour brimer leur mouvement de revendication : ils auraient dépêché des briseurs de grève pour empêcher ces derniers de manifester sur leur lieu de travail; ils se sont aussi adressés à  la cour supérieure du Québec pour reconduire les ordonnances du syndicat. Que nous dit cette affaire sur les politiques néolibérales axées sur le laisser-faire?
Selon Bourdieu, le néolibéralisme se caractérise par l’essor de l’emploi précaire et la docilisation de la main-d’œuvre. Comme on l’a vu plus haut, les stratagèmes des propriétaires de l’Hôtel participent de cette logique de soumission des employés. Mais encore comment comprendre que des investisseurs étrangers puissent faire l’acquisition d’une entreprise et ne pas tenir compte des conditions minimales de travail  dans le pays. Or une loi statuant sur les normes de travail au Québec, adoptée par la cour suprême et en vigueur depuis 1980 stipule comme suit :
                    La L.n.t. vise à assurer aux salariés québécois une protection minimale à laquelle ne peuvent déroger les parties à une relation de travail. Adoptée en 1979, elle avait pour objectif d’améliorer la protection jugée insuffisante qu’offraient jusqu’alors les lois du travail à caractère exclusivement économique, dont la Loi sur le salaire minimum, L.R.Q., ch. S-1. Avant l’adoption de la L.n.t., en effet, ces lois ne permettaient pas l’établissement de conditions de travail justes en raison du déséquilibre fonctionnel inhérent à la relation salarié-employeur (…) (CNT, p.3)

Cette loi a donc pour objectif de combattre l’inégalité des forces qui existe normalement entre l’employeur et l’employé. C’est pour cela que les injonctions à l’ endroit des employeurs  quant aux conditions de travail devaient provenir de l’ordre public; car les employés sont dans une situation de subordination par rapport aux employeurs. Si malgré tout, les arbitrages des employeurs face aux salariés existent plus que jamais,  il y a lieu pour nous de réfléchir sur l’articulation de la loi sur les normes du travail et la politique du laissez-faire. Cette situation est d’autant plus contrastante que la loi sur les normes du travail émerge en même temps que  l’État québécois se débarrasse du contrôle de l’articulation politico-juridique des marchés du travail au cours de la même année 1980, soit l’après-fordisme (Noiseux, p.111). Ce retrait de l’État – comme le note M. Noiseux- aura par voie de conséquence des répercussions  sur le syndicalisme. Tel n’est pas surprenant que dans le conflit les employeurs ont choisi de licencier la représentante du syndicat de l’hôtel en service depuis plus de 14 ans. Car le syndicalisme est perçu comme par la droite comme l’ennemi qu’il faut a tout prix éliminé. On est tres loin des politiques keyneso-beveridgien qui prônaient l’encadrement de la main-d’œuvre et des populations par l’État au nom de la solidarité nationale (Noiseux, Ibid).

Comme nous l’avons remarqué au tout début : l’année 2015 est marquée, tant au Québec et ailleurs, par de nombreuses revendications de conditions de travail plus justes. A l’instar de Bourdieu : « peut-on espérer que la grande masse de souffrance produite par le  régime néolibéral soit un jour à  l’origine d’un mouvement capable d’arrêter la course à l’abime?»

Par Sherley Montauban

 



Bourdieu, Pierre. Mars 1998. « L’essence du néolibéralisme », Le Monde diplomatique, Paris. (en ligne).

Noiseux, Yanick. 2014. « La transformation du travail au Québec : Flexibilité et précarité, deux faces d’une même réalité », dans Les travailleurs pauvres (sous la direction de Ulysse, Lesemann et Pires). Montréal : PUQ. Pp.109-122.

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