Stress au travail et suicide au travail: grands fléaux
des temps modernes.
On remarque souvent dans les journaux, comme
par exemple le journal ''24 heures'' en prenant le métro le matin, une rubrique concernant le
stress au travail. La question ''Comment gérer le stress au travail ?'' est
très courante dans les articles des journaux et sites web. Maintes fois, nombreux
psychologues, intervenants en santé mentale ainsi que psychiatres nous proposent
des solutions et des méthodes pour gérer son stress au travail. On parle même de ''symptômes du stress au
travail'' selon une chaire produite par l’université Laval à Québec.
Le stress au travail serait-il devenu une nouvelle maladie du 21e siècle? Pourrions-nous définir le stress au
travail non seulement comme une nouvelle maladie du 21e siècle, mais aussi en
tant que ''nouvelle maladie mortelle'', compte tenu des nombreux suicides au
travail ?
En France, le
suicide au travail fait régulièrement la une des journaux. Chaque jour, une
personne se suicide à cause de son travail. Un cas vraiment impressionnant de
suicide a eu lieu à France Télécom en 2010 : cinq salariés se sont suicidés en dehors de leur
lieu de travail, dans un intervalle de quinze jours seulement ! On a recensé 25 suicides à France
Telecom en seulement un an et demi ! Des chiffres qui devraient alerter l’Organisation
mondiale de la Santé !
Le
suicide au travail est cependant un phénomène nouveau: il y a vingt ans,
les cas de suicides au travail étaient extrêmement rares. Ce phénomène est en autre
favorisé par l’émergence d’un autre phénomène des temps modernes : vous l’aurez
deviné, le méchant coupable est bien le système capitaliste. Pourquoi accuser le
système capitaliste ? Et bien parce la majorité des facteurs ou cause de suicide
au travail sont lié au système capitalisme. Parmi celles-ci on peut citer l’isolement,
la déshumanisation du travail, le stress au travail et la souffrance au travail…
La course au
profit qu’impose le système capitaliste a modifié largement les modes d’organisation
au travail et du management. Sur ce point, Annie Thébaud-Mony, sociologue française
et directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche
médicale, explique dans son ouvrage ‘’Travailler peut nuire gravement à
votre santé’’ l'enjeu de cette transformation :
« En quelques
années, l’obligation de travail s’est transformée en obligation de résultat.
Les salariés sont soumis à des contraintes de plus en plus fortes, surtout en
terme d’objectifs, et sont enjoints de s’investir toujours davantage dans
l’entreprise. Chaque carrière faisant l’objet d’un traitement individualisé,
chacun se retrouve seul, sans beaucoup d’espace pour négocier, face à des
exigences sans cesse renforcées. »
Certains diront ''c'est en France, ici on est au
Québec!''. Et bien, parlons de la
situation au Québec. La belle province, où le capitalisme est
bien présent, n'est pas épargnée de la
transformation de l'organisation du travail. D’après une enquête de statistique
Canada ''Stress au
travail et santé mentale chez les adultes québécois'', le travail a connu au cours des dernières
décennies des transformations similaires qu’en France tant dans son contenu que
dans son organisation et dans les conditions d’emploi :
''La croissance du secteur des services et le développement de nouvelles technologies ont occasionné de nouvelles contraintes physiques et cognitives, liées notamment à l’informatisation et à l’automatisation, modifiant le contenu du travail.''
''La croissance du secteur des services et le développement de nouvelles technologies ont occasionné de nouvelles contraintes physiques et cognitives, liées notamment à l’informatisation et à l’automatisation, modifiant le contenu du travail.''
De plus, toujours
selon l’enquête de Statistique Canada, plus le nombre d’heures travaillées par
semaine est important, plus le stress tend à être élevé. Selon les résultats de l’enquête, 46% des personnes
ont répondu à la question ''trouvez vous vos journées de travail stressantes ?'' par l’affirmative…
Pour en
revenir avec le suicide, d’après un article de René Charest, secrétaire général du Conseil
central du Montréal Métropolitain (CSN) publié en 2010 ''Suicide au travail,
organisation du travail et néolibéralisme'' on peut constaté les dommages que
cause la souffrance au travail :
''Jusqu‘à une période récente, se déployaient des stratégies de défense
spécifiques élaborées collectivement pour lutter contre la souffrance.
Lorsque le travailleur souffrait à un point maximal, les collègues commençaient
à s’en rendre compte et l’attention et la solidarité prenaient le dessus.
Le suicide est donc le signe d’un dysfonctionnement dans l’organisation du
travail. Elle résulte principalement de l’expérience atroce du silence
des autres, de l’abandon par les autres, du refus de témoigner des autres. On
peut poser l’hypothèse que l’organisation du travail devient folle en quelque
sorte. Fait à remarquer, dans les lieux de travail où il y a des « suicides
de masse », il y a changement dans la gestion de l’entreprise (tous les
cadres changent). On change totalement les règles de gestion. Si le travailleur
était habitué à travailler d’une certaine manière, on le change de service,
de lieu de travail. On le surveille davantage, on effectue davantage de
rapports statistiques, on chronomètre son travail.''
Il serait temps de redéfinir les modes d’organisation au travail et alléger le poids du système capitaliste ou néolibéral qui règne dans les entreprises. Par défaut de changement, le stress au travail et le suicide qui peut en découler deviendront des enjeux importants de la société moderne. Sinon quel serait le remède à ''la nouvelle maladie des temps modernes'' que représente le stress au travail ?
Djamila Djaffri
Sources :
Annie Thébaud-Mony, ‘’Travailler peut nuire gravement à votre santé’’ , 2008
‘’Stress au travail et santé mentale chez les adultes québécois'', Enquête sur la
santé dans les collectivités canadiennes, Statistiques Canada, 2008
René Charest, ‘’Suicide au travail, organisation du travail et néolibéralisme’’, 2010
René Charest, ‘’Suicide au travail, organisation du travail et néolibéralisme’’, 2010
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