L’Afrique en route tranquille vers
la classe moyenne?
Il
est bien rare d'entendre parler de l'économie africaine dans
d'autres termes que ceux généralement associés à la pauvreté, à
l'exploitation, à l'impuissance ou à la négativité. Néanmoins,
selon une étude réalisée par le cabinet Deloitte, le plus grand
cabinet de d'audit et de conseil au monde avec plus de 180 000
employés et l'un des principaux commanditaires des Jeux olympiques
de Londres et de Vancouver, la tendance devrait progressivement se
renversée. Évidemment, ce discours ne semble pas si étonnant étant
donné que les prévisions de meilleurs jours économiques pour le
continent africain se sont succédés sans véritable succès. Ce
présent texte résume les principaux points de l'étude et y mêle
une analyse socio-économique.
La
première particularité intéressante de l'étude est le choix des
termes. Il n'y est pas vraiment question d'un boom reposant sur des
statistiques riches et précises, mais plutôt d'un ensemble de
conditions présentes, surtout en Afrique subsaharienne, qui n'est
pas sans rappelé la situation en Asie du Sud-Est d'il y a environ 30
ans. Toutefois, ce n'est pas à cause d'un contexte qu'une situation
va se (re)produire. Pour que cela se transpose à l'Afrique, il
faudrait également un afflux de capitaux étranger plus important
comme cela a été le cas en Asie du Sud-Est.
Les
problèmes de l'éclosion économique de l'Afrique ne seraient pas
des faits de la demande, mais plutôt de l'offre qui ne répond pas
réellement aux besoins des populations. Deloitte souligne que les
risques reliés à l'investissement exigeraient que les entreprises
soient « prêtes à innover en adaptant leurs circuits, leur
marque et leur portefeuille d'activités » pourraient engranger
des revenus importants. Cependant, ces gains seraient davantage
obtenus dans une perspective à long terme que dans une approche à
courts termes. Dans une logique néolibérale rationalisée à
l'intérieur de laquelle productivité, efficacité et rapidité vont
de pairs comme valeurs dominantes, il m'apparaît difficile de croire
en une exception pour le cas africain dans laquelle des investisseurs
prendraient le risque de la croissance à long terme au lieu du
confort de l'imminence financière, spécialement dans un contexte où
l'économie occidentale (principal source d'investissements
étrangers) semble ralentir.
Toutefois,
la différence court-long terme ne représente pas le seul incitatif
négatif à l'éclosion économique prévue. En effet, l'Afrique
présente des risques supplémentaire en raison de problèmes « de
change, d'instabilité politique, de corruption, d'infrastructures et
de main-d’œuvre qualifiée » identifiés par Deloitte, mais
ceux-ci sont comptés à l'intérieur même de l'analyse. Néanmoins,
il m'apparaît qu'en plus d'être une barrière économique, ces
problèmes sont bien souvent solidement imbriqués dans le discours
médiatiques et donc dans les pensées et actions des actionnaires et
investisseurs étrangers.

Cependant,
l'étude relève aussi une autre nouvelle. Il apparaîtrait que la
croissance économique africaine passe de moins en moins par les
secteurs miniers ou pétroliers, sans que des données soient
relevées (probablement davantage une faute de l'article que de
l'étude). Ces transformations seraient derrière une possible
croissance démographique de la classe moyenne qui serait sans
référent antérieur. Selon l'étude : « D'ici 2030, plus
d'un demi-million d'Africains devrait appartenir à la classe moyenne
[celle ci étant définit comme étant en situation de pouvoir
dépenser de deux à dix dollars par jour]. » Évidemment, la
croissance économique et démographique d'une classe moyenne est
sans contredit une bonne nouvelle, surtout si elle ne dépend pas
autant qu'auparavant du secteur primaire de l'économie. Toutefois,
n'importe qui peut se questionner sur la pertinence de définir une
personne qui dispose de deux dollars par jour comme un membre de la
classe moyenne.
D'un
point de vue démographique, l'Afrique est un continent disposant
d'un poids démographique jeune très élevé. L'étude insiste sur
ce phénomène jumelé à l'urbanisation qui produit de nouvelles
villes lesquelles disposant de nouveaux marchés. Ces jeunes
souhaitent de nouveaux types de produits, certains locaux (surtout
dans le case de l'alimentation) et d'autres internationaux (pour un
gage de qualité en mode et en cosmétiques). Avec l'accès
grandissant à Internet, il est question de 21% dans le continent
contre 40% pour la moyenne internationale, les jeunes sont de plus en
plus conscients des produits étrangers et des enjeux liés à leur
consommation.
En
conclusion, l'étude de Deloitte, telle que brièvement présentée
dans La Presse, permet de constater certaines différences dans le
contexte socio-économique, mais il semble que les vieux démons du
continent africain soient encore présents dans le décor. De plus,
la récente éclosion médiatique autour du virus d'Ebola ne restera
vraisemblablement pas sans impacts sur les apports et capitaux
étrangers.
http://affaires.lapresse.ca/economie/international/201411/19/01-4820385-lafrique-deuxieme-marche-de-consommation-dici-2017.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=lapresseaffaires_LA5_nouvelles_98718_accueil_POS7
http://affaires.lapresse.ca/economie/international/201411/19/01-4820385-lafrique-deuxieme-marche-de-consommation-dici-2017.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=lapresseaffaires_LA5_nouvelles_98718_accueil_POS7
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