jeudi 29 septembre 2016

Moins d’heures, plus de productivité

Dans un article paru dans le journal La Presse, on parle d’une initiative prise en Suède qui vise à réduire les journées de travail à 6 heures par jour. Cette mesure aurait pour effet de réduire le nombre de journées de maladie et d’augmenter la productivité des travailleurs. Nous le savons tous, le but d’une entreprise est d’être la plus productive possible afin d’être le plus rentable possible. En ce sens, on n’oserait croire qu’elle se mettrait dans une situation qui la mènerait dans une direction opposée. Plusieurs questionnements me viennent en tête lorsque j’entends des propositions comme celle-ci. Si le nombre d’heure est réduit, est-ce que le salaire restera le même ? Et par rapport à la charge de travail, est-ce que celle-ci sera diminuée en fonction des coupures de temps, ou alors faudra-t-il condenser la charge de travail actuelle dans des journées qui ont deux heures de moins ? L’accumulation de ces deux heures par jour fait au total dix heures de moins par semaine. On l’a toujours dit, le temps, c’est de l’argent et dix heures de travail dans une semaine c’est beaucoup. C’est pourquoi il est difficile à croire qu’une entreprise soit prête à faire disparaître dix heures de travail par semaine afin d’offrir de meilleurs conditions à ses travailleurs, et ce, en espérant conserver le même niveau de productivité, et même de l’améliorer. Cette initiative de la Suède peut sembler très avant-gardiste et très avantageuse aux premier abords mais lorsqu’on rentre plus dans les détails, on se rend compte qu’une réforme du genre implique beaucoup plus d’enjeux qu’on ne le pense. Et si au lieu de faire un pas en avant on faisait un pas en arrière en instaurant des mesures comme celle-ci.  Essayons de voir cette proposition dans le contexte du Québec.
            Depuis le 20e siècle, on a établi des standards quant aux nombre d’heures que devrait faire un travailleur par semaine. Dans l’article, on révèle qu’au Québec, la plupart des travailleurs font 37,5 heures de travail hebdomadairement. Bien certainement, ceux-ci on le salaire qui vient avec. Le 20e siècle marque également l’apparition de la conception du travailleur en tant que consommateur. Ceci a commencé avec le mouvement du célèbre Henry Ford qui, en Janvier 1914, propose le « five dollar day » qui consiste à payer ses employés cinq dollars par jour en plus de réduire leur nombre d’heure de travail, passant ainsi de neuf à huit heures par jour[1]. Cette initiative a été prise dans l’optique de garder les employés au sein de l’entreprise mais aussi de faire en sorte que ceux-ci soient capables de prendre place dans le marché de la consommation, et de cette manière, contribuer eux aussi à l’économie. Cette initiative de Ford a fait son chemin et est aujourd’hui bien implantée dans la société québécoise. En effet, les travailleurs d’aujourd’hui consomment plus que jamais. La majorité des gens possèdent un automobile, ont une maison ou un loyer à payer, aiment se payer des voyages, etc. Qu’est-ce qui fait que les gens peuvent autant consommer aujourd’hui ? Et oui, leur salaire. 
           Ce que la Suède propose ici va dans le même sens que ce qu’a fait Ford il y a plus de cent ans. Mais est-ce que cela veut-dire que l’effet sera le même ? J’en doute puisque le contexte actuel est bien différent de celui de 1914. À cette époque, on assistait à la création du pouvoir de consommation des travailleurs, on créait un mouvement. Aujourd’hui, ce mouvement est bien installé, nous sommes dans la consommation par-dessus la tête, nous baignons dedans. C’est une espèce de cercle vicieux et il est difficile de s’en sortir. Diminuer le nombre d’heures des travailleurs ne serait-il pas nuire à ceux-ci dans cette société de surconsommation ? Cela pourrait en effet être une source de stress de savoir que le salaire est affecté par cette diminution d’heures de travail, ou qu’il faut réaliser la charge de travail qu’on a l’habitude de faire, mais en moins de temps. Je vois en effet quelques sources de stress potentiel qui sont en liens avec des mesures comme celle-ci. Si l’on se fie au texte de Lauren Baritz The Servants of Power, qui parle de l’intégration de la psychologie dans les entreprises, le stress chez les travailleurs affecterait leur niveau de productivité en le diminuant. En effet, ce sentiment d’angoisse pourrait faire en sorte que les travailleurs ne sont pas capables de donner leur 100% dans ce qu’ils font, en plus d’avoir moins de temps pour réaliser leurs tâches.  Cette initiative me fait aussi beaucoup penser à celle des semaines de quatre jours. Il serait intéressant de comparer les pours et les contres de ces deux mesures afin de voir laquelle a le plus grand potentiel d’augmenter la productivité et de diminuer le taux de stress des travailleurs.

Rosalie Couture-Fillion, SOL2015

Lien vers l’article :

Massé, I. (2016, 12 septembre). Le pour et le contre des six heures de travail par jour. La Presse.ca. Repéré à http://affaires.lapresse.ca/cv/vie-au-travail/201609/12/01-5019553-le-pour-et-le-contre-des-six-heures-de-travail-par-jour.php

Baritz, Loren. 1960. The servants of power. A history of the use of social science in American industry, Wesleyan University Press, Middletown, Connecticut. Pp. 191-210.

[1] Biographie.com Editors (2014). Henry Ford Biography [En ligne]. Repéré à http://www.biography.com/people/henry-ford-9298747



[1] https://www.thehenryford.org/explore/blog/fords-five-dollar-day/

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