mardi 22 novembre 2016

Les oubliés – se revendiquent, fortement

 

“Some city-council people are really awesome, but most are uninspired. I meet with them as little as possible.”

Travis Kalanick - Uber / CEO & co-founder

Le 28 octobre 2016 marque une victoire sans précédent dans la lutte des travailleurs atypiques contractés avec les entreprises de la « gig-Economy ». Le tribunal d’emploi à Londres a condamné l’entreprise Uber d’avoir octroyé le statut d’employés à ses « chauffeurs – partenaires ». 

Le procès a été initié par deux chauffeurs londoniens avec le soutien du GMB[1] (General union of workers in Britain). Le GMB a voulu achever un gain stratégique qui pourra consolider ses efforts pour syndiquer des travailleurs contractés par la compagnie. L’origine de cette initiative remonte à 2015 où le GMB a trouvé qu’un de ses membres qui travaillait, à temps plein, comme chauffeur d’Uber touchait £5.03 par heure, ce qui est explicitement au-dessous du salaire minimum. 

Un des plaignants, M. James Farrar[2], réclame que ce verdict a mis fin au cauchemar des chauffeurs-es d’Uber à Londres qui étaient obligés-es de travailler entre 80 et 100 heures par semaine pour obtenir le montant nécessaire pour mener une vie « décente ». Ceci était leur seul moyen d’adaptation aux tactiques de majorations des tarifs et l’augmentation du nombre des chauffeurs actifs à travers la plateforme.

Ainsi, une lecture approfondie du contenu du verdict pourra nous informer davantage sur les condamnations portées par le tribunal et leurs impacts, à court terme, sur le mode d’opération d’Uber à Londres et leurs utilisations stratégiques dans la lutte contemporaine des travailleurs.
Dans ce qui suit, on présente le verdict tout en soulignant les gains majeurs achevés : 

1.       Le juge a rejeté les réclamations qui identifient Uber en tant qu’une entreprise de développement des logiciels informatiques et non une entreprise de transportations. Il s’est référé à la déclaration faite par Travis Kalanick (Février, 2, 2016), CEO d’Uber, qui a mentionné que « Uber began its life as a black car services…. Today we are a transportation network spanning 400 cities… ». Le verdict reconnait Uber en tant qu’un phénomène économique moderne et qu’une entreprise qui fournit des services de transports à travers une plateforme électronique (para 89). C’est la deuxième défaite d’Uber, à ce niveau, après le verdict de la cour du Californie en été dernier[3].

2.       Pour éviter le dilemme administratif et légal régissant du fait qu’Uber s’opère à travers des compagnies affiliées, le juge a déclaré que le verdict désigne Uber comme le « brand » ou l’organisation qui englobe toutes les compagnies affiliées. Ce labyrinthe administratif est adressé par le juge qui conclut qu’Uber utilise une « armée d’avocats » pour produire des documents qui défendent leurs intérêts et dénaturent les obligations et droits d’autres parties (para 96).  Dans ce contexte, le verdict analyse l’architecture administrative d’Uber et ses entreprises affiliées et affirme que la relation contractuelle, entre Uber et ses chauffeurs, est sous le mandat des lois d’Angleterre et pays de Wales (para 105). Cela protège les parties les plus vulnérables (les travailleurs dans ce cas) en face d’un potentiel « conflit de lois » qui peut affaiblir leur capacité à défendre leur intérêts (para 102 – 120) tout en préservant les mandats des législations locales qui définissent les conditions de travail des travailleurs, le salaire minimum et les heures supplémentaires. 

3.       Le verdict a détaillé le mécanisme d’opération du modèle d’Uber tout en soulignant des observations clés au niveau de l’engagement limité des chauffeurs dans l’identification des clients, le choix du trajet, le mode de paiement et les tarifs, le système de notation des chauffeurs, l’interdiction du pourboire, le service à la clientèle et la gestion des griefs. Cette présentation révèle l’intervention minimale des chauffeurs dans la totalité du processus (paras 15 – 27).   

4.       La relation de « partenariat » entre Uber et ses chauffeurs est questionnée par le juge, qui affirme, après avoir présenté une analyse critique des paras qui définissent la relation contractuelle, qu’une fois les chauffeurs-es sont branché-e sur l’application et capables de fournir leurs services, ils ont le statut de « travailleur » d’Uber. Le juge conclue que les chauffeurs –es ont un minimum de contrôle sur les relations contractuelles et ne peuvent jamais se substituer au cours de leur services. En plus, des preuves des formalités de recrutements étaient identifiées par le juge qui a démontré que les chauffeurs sont contractés après avoir passé une entrevue de travail qui inclut un mécanisme d’évaluation, nomination et une formation de base (paras 40- 43, 86, 92,93). Les relations entre Uber et ses chauffeurs – es sont classifiés en tant que relation de travail dépendant, le verdict affirme qu’aucune relation entre deux businesses indépendants n’est établie (para 94).

5.       Le juge a explicitement exprimé son scepticisme envers la compagnie et ses réclamations basées sur les changements « choquants » des terminologies et la classification adoptés par la compagnie, en octobre 2015, qui re-classifient les chauffeurs en tant que « clients » d’Uber qui achètent les services d’information de géolocalisation des passagers. En plus, l’identification des chauffeurs-es en tant qu’une entreprise indépendante qui achète les services d’Uber a été identifiée comme une revendication « ridicule ». Des expressions telles que « documentation to fiction » et « twisted language » et « bran new terminologie » étaient utilisées pour décrire l’approche d’Uber (paras 85 – 87).

6.       Uber est accusée de faire une affirmation « non réelle » lorsqu’elle se présente comme un « mosaic of 30k small businesses », cela est considéré par la cour comme « ridicule ». De plus, le juge trouve que les instructions fournies par Uber pour démontrer qu’une relation contractuelle entre les chauffeurs et leurs passagers est une « pure fiction » qui ne reflète guère  la réalité des opérations (paras 90,91).

7.       Les horaires du travail des chauffeurs ont été précisés comme équivalent à la période de temps branché sur l’application et disponible pour répondre aux demandes. La rémunération des chauffeurs a été classifiée sous le mandat du règlement national du salaire minimum. Le verdict affirme, plus précisément, que la rémunération des chauffeurs d’Uber diffère de celle du travail par production « output work » ou temps du travail « time work » (para 125 – 128).

Le texte du verdict s’étale sur 40 pages surchargées d’un lexique légal et technique mais qui représente un point de repère pour de nouvelles revendications remises par les travailleurs du « gig economy »   dites les « Cybertariat » (Huws, 2014).  Dans ce contexte, ce gain juridique et syndical,  se corrélâtes avec d’autres demandes de lutte et de plaintes juridiques en France, en Allemagne, aux Etats Unis et au Royaume Unis où le gouvernement a lancé des investigations détaillées[4] sur les opérations des entreprises du « gig economy » et où des centaines d’employées déguisés sous la classification de « travailleurs autonomes » se préparent à lancer des plaintes contre Uber et d’autres entreprises[5].

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