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L’expression
« gig – économie » est utilisée pour qualifier les transactions commerciales opérées à
travers des plateformes digitales comme Uber, AirBnB, TaskRabit, Mechanical
Turk ...etc. Le terme « gig » est fréquemment utilisé, en tant qu’adjectif
qualitatif, afin de classifier les actions ainsi que les individus impliqués
dans des relations contractuelles à travers ces plateformes et les tâches qu’ils accomplissent. Ainsi, des expressions telles que « gig
works », « gig jobs» et même « gig workers » sont de plus
en plus employés dans le jargon lexical adopté par des chercheurs, des journalistes et même des activistes.
Dans ce qui suit, je
discuterai des connotations, intentionnelles
ou non, attribuées au mot
« gig » à travers ses utilisations dans le domaine économique et notamment
en tant qu’une terminologie adoptée pour décrire les relations précaires du
travail qui sont en perpétuel accroissement.
Le terme « gig »
était utilisé pour désigner, à l’origine, un type de charrette légère à deux roues, tirée par un cheval, utilisée pour se déplacer à grande vitesse. Plus tard, le mot est employé
dans le domaine des performances musicales pour décrire un engagement direct, à temps limité, d’un artiste ou d’une bande. Alors, afin de mieux comprendre les
connotations possibles de l’utilisation de ce mot parmi le jargon socioéconomique,
on a recours au concept de « signe linguistique[1] »,
élaboré par Ferdinand Saussure (1916), qui attribue aux mots utilisés dans le
langage une identité composée d’un signifiant (l’empreinte sonore du mot qui
constitue sa composition matérielle, charrette pour le terme qu’on aborde)
et d’un signifié (la notion ou le
concept qui constitue le sens attribué au mot utilisé. Ce sens peut avoir plusieurs connotations, ex : léger, rapide, instable
et temporaire).
Une investigation sur
la sémiotique des mots composés tels que
« gig-economy » ou « gig work » nous aide à mieux
comprendre le sens complexe de ces mots et leurs « signes linguistiques » à travers deux questions essentielles[2] :
·
Qu’est-ce
qu’on combine ? - Dans le cas de « gig-work »,
une combinaison directe est faite entre le mot « gig » et le mot « work ».
·
Qu’est-ce
qu’on construit ? – On pourrait assumer qu’une relation de description et de
qualification résulte de la combinaison entre les mots « work »
qui désigne l’action effectuée et le mot « gig », l’adjectif
qualitatif, qui décrit les caractéristiques de cette action.
Cela nous pousse à
assumer que le jargon lexical utilisé pour désigner
les transformations contemporaines du travail porte une connotation négative du
travail. Cette terminologie émergente redéfinit le « signe linguistique »
du travail et des travailleurs tout en les identifiant par rapport aux qualités
de la rapidité, la légèreté, l’instabilité et la temporalité. De plus, cette
terminologie entre en tension direct avec les termes utilisés, actuellement, pour
désigner les formes du travail qui posent une précarisation des conditions d’opération.
Les termes comme atypique, informelle,
autonome, temporaire qualifient des formes de travail contradictoires aux normes. C’est
cette forme de réfutation, au niveau lexical,
de la normalisation de précarisation du travail qu’on risque de perdre à
travers la terminologie adoptée par le courant de pensée dominant les recherches
sur les nouvelles formes du travail dites « gig économie ». Cependant,
les entreprises engagées dans le gig economy
et les investissements ciblant ses entreprises échappent à cette nouvelle terminologie. On ne trouve jamais une expression pour désigner la volatilité des entreprises, telles qu’Uber ou AirBnb, qui
enregistrent une croissance exponentielle dans leurs opérations et leurs
valeurs marchande dans moins d’une décennie. Dans ce contexte, on se demande, si
on est en face de la nouvelle bulle capitaliste qui pourrait éclater, telle que
la bulle des immobiliers, après avoir transformé le concept du travail.
[1]Simon Fraser university, Introduction à la linguistique, http://www.sfu.ca/fren270/semiologie/page2_5.html#start
[2] Otero P. Gamallo, 1998, Construction conceptuelle d’expressions complexes : traitement de la
combinaison "nom-adjectif", Thèse de Doctorat, Université Blaise
Pascal Clermont 2, http://gramatica.usc.es/~gamallo/artigos-web/these.pdf
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