Québec Solidaire a récemment
déposé un projet de loi « anti-burn-out », qui prévoit, entre autres,
ajouter 2 jours fériés et allonger les vacances pour les travailleurs et
travailleuses. [http://antiburnout.ca/]
Dès
leur plus jeune âge, les jeunes Québécois sont habitués à de longues vacances.
Au primaire et au secondaire, nous avons l’été, les jours fériés et plusieurs
« journées pédagogiques », ce qui totalise annuellement environ trois
mois de vacances. Au cégep et à l’université, nous avons plus de quatre
mois de vacances. (Plusieurs d’entre nous travaillent durant ces vacances, mais
c’est une autre histoire.) Pour ce qui est des travailleurs et travailleuses,
Gabriel Nadeau-Dubois déclare qu’au Québec en 2016, la durée moyenne des
vacances a été de... seize jours [1]. Pour un(e) étudiant(e) qui arrive
sur le marché du travail, la marche est haute.
Selon
le jeune député de Gouin, le Québec est un « cancre » en matière de
vacances. Il compare la province avec l’Europe où, en moyenne, la durée des
vacances varie entre cinq et six semaines par année. [2] Selon moi, augmenter
le nombre de congés payés par année, c’est du gros bon sens, mais apparemment,
ce ne l’est pas pour tout le monde. En tout cas, pas pour certains lecteurs du
Journal de Montréal [3] :
Je
me suis alors demandé en quoi on pouvait s’offusquer devant un projet de loi
promettant plus de vacances. Pour répondre à cette question, je me suis
inspirée des idées mises de l’avant dans un texte de Pierre-Henri d’Argenson.
Dans son texte Souffrance au travail : ce qui a changé, ce haut
fonctionnaire français décrit le stress au travail comme « l’un des
piliers de notre modèle de productivité, voire d’une culture identitaire […] un
signe d’appartenance à l’élite » (p. 110). [4] En effet, se surmener
au travail est souvent perçu comme un signe de réussite professionnelle et
l’engagement total au sein de l’entreprise, comme un signe de satisfaction.
Dans cette « culture de la “défonce” au travail » (p.110) [4], il
semble donc légitime d’offrir peu de vacances aux employé(e)s, car celles-ci
sont signe de paresse, de désengagement ou d’insatisfaction liée à son travail.
En gros, si tu aimes ton travail, tu n’as pas besoin de beaucoup de vacances,
donc trouves un travail passionnant et tu n’auras jamais besoin de congés.
Pour
ceux qui veulent parler de chiffres et qui s’inquiètent des coûts que peuvent
occasionner le fait d’accorder plus de congés aux travailleurs et
travailleuses, pourquoi ne pas parler parler de l’impact économique des
problèmes de santé liés au stress au travail? Selon l’Institut universitaire en
santé mentale de Montréal :
- Chaque année, 20 % des travailleurs canadiens
souffrent d’une maladie liée au stress.
- Le stress en entreprise représente :
◦
19 % des coûts d’absentéisme;
◦
40 % des coûts de roulement du personnel;
◦
55 % des coûts de programme d’aide aux
employés;
◦
60 % des accidents de travail.
- Les problèmes de santé mentale en milieu de travail
coûtent aux entreprises canadiennes près de 14 % de leurs profits
annuels nets, soit jusqu’à 16 milliards de dollars annuellement. [5]
Le droit à la déconnexion
Toutefois,
il n’y a pas seulement la quantité de vacances qui est importante : la qualité
l’est autant, sinon davantage. En effet, vouloir augmenter le nombre de
congés, c’est bien beau, mais il faut aussi s’assurer que ces journées de congé
soient effectivement libérées du stress lié au travail. Pour beaucoup
d’employés, quand vient le temps de partir en vacances, le cellulaire ou
l’ordinateur portable ne sont pas loin… Alors quatre semaines de congé ne
règlent pas grand-chose si, pendant ce temps, on ne peut pas décrocher du
boulot.
Le
travail n’exerce pas seulement son emprise sur les vacances, mais également sur
le quotidien de nombreux employé(e)s. Selon un rapport de l’Organisation
internationale du travail, l’utilisation extensive des technologies de
l’information a un grand impact sur le rapport travail – vie personnelle :
celui-ci deviendrait de plus en confondu et la limite entre les deux, de plus
en plus floue [6]. De même, selon d’Argenson, les nouvelles technologies de
communication permet au travail d’envahir totalement la vie de l’individu,
« à des degrés s’apparentant à une forme d’esclavagisme moderne »
(p. 110). [4] En effet, la plupart des employés peuvent être contactés et
doivent demeurer disponibles en tout temps.
Dans
ce contexte, on parle de plus en plus d’un « droit à la déconnexion »
pour les travailleurs et travailleuses. En France et en Allemagne, des mesures
ont déjà été prises pour mettre en place ce droit, notamment à travers de
nouvelles conditions de travail visant à réguler « l’utilisation des
outils numérique ». Par exemple, on parle de « mise en pause des
serveurs informatiques en dehors des heures de travail » et de restriction
dans la « transmission de courriels pendant les heures de repos ».
[6] Ce « droit à la déconnexion » n’a pas été prévu dans le projet de
loi anti-burn-out, mais Gabriel Nadeau-Dubois a déclaré que son parti suit ce
dossier avec attention et travaille sur des propositions. [2]
Mais
au-delà des projets de loi régulant le nombre de jours de congé par année,
c’est la place du travail au sein de nos vies qui doit devenir un enjeu
sociétal. Est-ce qu’on veut réellement une culture du travail qui prime sur nos
vies familiales et personnelles? Est-ce qu’on veut une société stressée, déprimée
par un travail trop présent et trop exigeant? On peut au moins saluer
l’initiative de Québec Solidaire d’amener le débat sur la place publique.

Par Solene Seguin
Références
[1] Entrevue de Gabriel
Nadeau-Dubois à l’émission Gravel le matin, sur les ondes de
Radio-Canada. URL : http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/gravel-le-matin/segments/entrevue/47365/anti-burnout-conges-vacances
[2] Point de presse de Gabriel
Nadeau-Dubois à l’Assemblée nationale, 15 novembre 2017. URL : http://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-44545.html
[3] Pascal Dugas Bourdon, Québec
Solidaire propose un projet de loi anti-burnout, Journal de Montréal, mis
en ligne le 15 novembre 2017, URL : http://www.journaldemontreal.com/2017/11/15/semaines-de-vacances-et-jours-feries-qs-propose-un-projet-de-loi-anti-burnout
[4] Pierre-Henri d’Argenson, Souffrance
au travail : ce qui a changé, 2010. URI : https://www.cairn.info/revue-le-debat-2010-4-p-105.htm
[5] Institut universitaire en
santé mentale de Montréal, Santé mentale, en chiffres, URL : http://www.iusmm.ca/hopital/sante-mentale/en-chiffres.html
[6] Pierre Trudel, Le droit à
la déconnexion, Le Devoir, mis en ligne le 14 mars 2017, URL : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/493861/le-droit-a-la-deconnexion
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